Le dernier baiser - James Crumley
« Le bâtiment en bois décati se dressait à cinquante mètres à l'écart de la route de Petaluma, et la Cadillac rourge décapotable de Trahearne était garée devant. À l'époque où la vieille route était neuve, avant qu'on la remodèle selon un tracé plus efficace, ce bar à bière faisait aussi station-service, et le fantôme fané d'un cheval rouge ailé hantait encore les vieux murs en bardeaux. Une petite harde de voitures abandonnées [...] paissait plongée jusqu'au jarret dans le sorgho d'Alep et autres herbes folles, orbites énucléées de leurs phares rêvant de Pégase et de pointes de vitesse sur un ruban d'asphalte. L'endroit n'avait pas de nom, juste une enseigne passée qui promettait de la BIÈRE en grinçant sous son portique. Les vieilles pompes à essence à réservoir en verre n'étaient plus là depuis longtemps –sans doute parties ouvrir un magasin d'antiquités à Sausalito. »
27/02/2021

Dans l'extrait que j'ai choisi, nous avons une bonne partie de l'âme de ce bouquin. Ce bar perdu au milieu de nulle part est l'aboutissement d'une enquête et il est pourtant le point de départ tout à la fois d'une amitié, d'une quête sans queue ni tête, de personnages tous plus dérangés les un que les autres –et tout autant attachants. Dans ce recueil de philosophie à 3 balles (également connue comme philosophie de comptoir) rien n'est jamais vraiment intéressant, même pas l'histoire. Et pourtant on va au bout, on y va parce qu'il va encore y avoir des sentences doctes et alcoolisées, il va y avoir encore ce chien alcoolique qui change de maître comme de bar, des voitures et des kilomètres, des gens qui ne sont pas ce qu'on a cru qu'ils seraient.

On va au bout parce que « l'auteur manifeste une immense tendresse pour ses personnages cabossés par l'existence. » (Le monde des livres)

Traduit de l'américain par Jacques Mailhos


 

Jean-Christophe BURNEAU
par Jean-Christophe BURNEAU

Architecte du numérique le jour, geek la nuit et lecteur le reste du temps...