Entre deux mondes - Olivier Norek
« Pour la trois cent seizième fois, le flash éclaira le hangar. [...] À la fin de cette première journée, les cadavres n'étaient déjà plus pour lui que des œuvres abstraites, travail d'un peintre à la palette monochrome rouge d'une perversité remarquable. Probablement la seule manière de ne pas perdre les pédales. »
16/03/2019

Dès le prologue, dès les premières lignes, on comprend qu'on s'attaque à un bouquin qui va gratter. En particulier parce que ces temps-ci les sujets à base de migrants, de camps ou de Jungle tendent à cristalliser rapidement dans les discussions.

La première partie s'intitule «Fuir». Contrairement à ce qu'on croit, ça n'a pas l'air si simple d'aller de la Syrie à Calais... La fin du chapitre 8 servira d'ailleurs de clou dans le cercueil et de claque au lecteur...

La suite est le quotidien de la Jungle vu par deux flics, l'un syrien (enfin, ex-flic pour ce qui le concerne) et l'autre bêtement muté à Calais. Un quotidien brutal, tenace, où les langues sont coupées et les enfants violés. Un lieu de non-droit, de non-espoir, de non-vie raconté crûment, sans fard, sans pitié.

Au final, le récit n'est que l'histoire de tous ces gens qui veulent aller à Youké, au UK. Il est bien servi par des personnages attachants –quoique, à bien y réfléchir, les agissements d'Adam ou Ayman avant leur fuite puissent troubler quiconque s'en approcherait.

Le style est vivant, dynamique et agréable, toujours "droit à l'essentiel" comme dans "Code 93" - Olivier Norek

C'est donc un bon bouquin, écrit par un flic qui sait de quoi il parle, et que je referme comme un état des lieux de la situation des migrants en France (pas top)...


 

Jean-Christophe BURNEAU
par Jean-Christophe BURNEAU

Architecte du numérique le jour, geek la nuit et lecteur le reste du temps...