Histoire de Lisey - Stephen King
« [...] tout en se servant de sa main gauche pour se choper la fesse gauche et, d'un bon coup, s'extirper sa maudite petite culotte de sa raie maudite du cul, voilà, au moins un truc de cette saloperie de journée bousillée est maintenant réparé. »
08/06/2018
« Stephen King a écrit, avec ce livre –qui fouille la douleur du deuil et de l'absence– le manque qui hante celui des deux qui reste. Un beau roman d'amour. Son premier. » Les Inrockuptibles

J'adhère à chaque mot des Inrocks, mais je trouve ce commentaire particulièrement réducteur.

Par exemple, King a la particularité de m'envoûter en moins de vingt pages. Le temps de me demander si ce que je lis mérite d'aller plus loin, je m'aperçois que je suis déjà dedans.

"Dedans", au début, c'est juste suivre d'un œil la belle histoire d'amour et ses anecdotes dont la principale est quand même à base de coups de pelle dans la gueule.

Et puis ça ne loupe pas (c'est dans le titre, hein, on n'est pas pris en traître) : il se lance dans l'histoire du couple, les souvenirs, les objets, bref, tout ce qui peut venir du passé pour emmerder le présent.

Et ça, il sait bien faire, King, ramener des trucs du passé. Sans oublier qu'il écrit du fantastique : et nous voilà partis pour une mare improbable, une mare qui fait du bien et une autre où il pêche des mots. Partis pour le cœur de nos peurs intimes, pour un dernier mot des défunts aux vivants.

Mêlez tout ça à un style très naïf qui invente jusqu'à son propre vocabulaire(*) mais qui reste, comme le montre le passage que j'ai mis en exergue, très concret et terre-à-terre. Ajoutez quelques sévères grains de folie, quelques tarés en goguette. Genre : « Il se frappe le front, entre les yeux. "La démence et les Landon s'entendent comme larron en foire, et je te parle pas d'une histoire à la Edgar Allan Poe ou d'un distingué roman victorien pour dames avec tata-enfermée-au-grenier ; je te parle de la démence dangereuse, celle du monde réel, qui se transmet par le sang." »

Au final, j'ai lu un Stephen King assez typique –qu'on aime ou non– qui ne m'a pas laissé indifférent mais qui ne m'a rien apporté de particulier non plus...

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nadine Gassie

(*) Chapeau bas à la traductrice, qui est allée chercher l'inspiration chez San-Antonio, Lavilliers, Gainsbourg et bien d'autres pour traduire les délires de l'auteur.


 

Jean-Christophe BURNEAU
par Jean-Christophe BURNEAU

Architecte du numérique le jour, geek la nuit et lecteur le reste du temps...