Je suis Pilgrim - Terry Hayes
Je plaidai ma cause, le suppliai et, pour finir, voyant que ça ne menait à rien, je lui dis avec colère qu'il ferait mieux de m'écouter parce que j'étais le meilleur agent de ma génération et que oui, bordel, on avait encore une chance. Il ne pipa mot quelques instants, et je compris que la vanité grossière dont je venais de faire preuve, si inhabituelle chez moi, l'avait secoué. Il me demanda de patienter.
07/11/2015

Traduit de l'anglais par Sophie Bastide-Foltz

Prix des lecteurs sélection 2015 (lauréat, ou gagnant ?)

L'extrait que j'ai retenu me paraît assez révélateur du style du roman, et du personnage.

Je commencerai par le héros, parce qu'il m'a prodigieusement agacé tout au long des 900 pages du bouquin. Vaniteux ? C'est une litote, ce type se considère comme le meilleur agent de renseignement au monde... De ceux qui, dans l'histoire, finissent par faire déplacer la Marine américaine sur un simple appel au Président des USA. Bon, faisons preuve de tolérance, il faut de tout pour sauver le monde.

Le style, lui, est très plaisant. Moderne, dynamique, sans fioritures et agréable à lire. À la première personne, il reflète fidèlement les réflexions et les actions de notre espion hors normes.

 

Pour une fois, je vais distinguer le scénario de l'histoire. Car le scénar est particulièrement bien fichu. Sa structure est déconcertante, rare, mais efficace : l'auteur parvient, durant 700 pages, à mêler intimement une histoire passée et le présent, au point qu'on ne sait plus dans laquelle on se situe. On comprend bien que les deux ne font qu'une, mais la jonction intervient très tard. Comme, de plus, l'auteur abuse des classiques teasers à la fin de chaque chapitre (« J'aurais dû évidemment me demander [...]. Malheureusement, je n'y ai pas pensé. »), on est sur un rythme extrêmement accrocheur qui entretient le suspense de la première à la dernière ligne. Vraiment bon.

 

Même l'histoire est bien trouvée. Ça démarre comme un banal polar –un meurtre dans un hôtel, franchement...– mais c'est en fait un one-to-one entre le meilleur agent de renseignement du monde et le meilleur terroriste du monde... Les nombreuses digressions du scénario servent parfaitement la montée en puissance de l'affrontement, en expliquant et justifiant le pourquoi et le comment de l'action du terroriste tout en amenant les scènes finales.

Scènes finales qui, sur les cent dernières pages, semblent presque banales et ne relèvent plus que des règles classiques du scénariste pour amener le mot fin.

 

Je ne peux pas affirmer qu'il n'y a pas de ligne thématique dans ce roman, mais je ne pense pas qu'il ait été écrit pour faire passer un message. Par contre, même s'il aurait pu être plus court d'une centaine de pages, je peux dire que j'y suis resté accroché jusqu'à des heures indûes tant l'action est continue.


 

Jean-Christophe BURNEAU
par Jean-Christophe BURNEAU

Architecte du numérique le jour, geek la nuit et lecteur le reste du temps...